29 juillet 2008
"Et j'ai vu quelques fois ce que l'homme a cru voir"*
Certains spectacles nous rendent plus intelligents, éclairent l'esprit, développent une sagacité, une perspicacité, d'autres rendent plus courageux. D'autres encore, plus rares, plus subtils qui ne rentrent pas immédiatement dans des catégories répertoriées, nous rendent plus humains. Ce "Bar sous la mer" tient sa cohérence non pas d'une vision intellectuelle ou esthétique, mais d'une sorte de connivence humaine doublée d'une proximité politique entre les acteurs. Cohérence qui peut à chaque instant verser dans le chaos, et qui tient par l'écoute, et relie à chaque instant les quatre acteurs, les quatre individus. Cette pièce n'est pas comme on pourrait le penser une succession "d'allusions" à l'histoire politique du monde, mais des coups de sonde, des entailles faites dans notre monde comme il va et qui font jaillir la possibilité d'une autre réalité. À partir de l'élément marin, et plus profondément de la Terre (car ce bar est sous la mer et non pas dans la mer), d'une géographie rêvée (géographie gastronomique et aussi géographie concrète : Etats-Unis, Amérique du sud, Italie, France…), insensiblement, on est comme réveillé par un désir de construire un autre monde mais non pas au sortir du spectacle avec ses proches, ses concitoyens, mais ici et maintenant avec ces hommes faits de chair et de sang. Une sympathie nous gagne. La singularité de ce spectacle, construit à partir de textes de Stephano Benni est qu'il ne présente pas simplement des acteurs jouant des personnages, ni une narration montrant le monde, mais il construit dans le temps de la représentation une sorte de communauté humaine. Comment sur le chemin qui relie l'Italie aux Flandres ne pas (re)penser à une Renaissance ?
Cardaniens et Etouviens en Avignon
* A. Rimbaud, le Bateau ivre.











